Hammouda, un personnage controversé ...

portraithammoudaNé en 1815 à Constantine, il est le fils de M’Hamed El Fegoun le dernier des Cheikh el Islam.

En l’absence des autorités ottomanes dont les représentants avec à leur tête Ahmed Bey s’étaient réfugiés dans l’Aurès, Il eut la douloureuse et délicate tâche de négocier auprès des vainqueurs de la bataille de Constantine, l’acte de reddition. Las du sang versé, Constantine capitule en espérant sauver ce qui peut l’être encore. Hammouda est alors nommé Cheikh el Bled et est chargé au nom de l’administration française de gérer les affaires religieuses de la ville et surtout de collecter l’impôt dans les campagnes.

Hammouda va de par cette fonction on ne peut plus inconfortable tenter de jouer un double jeu consistant à faire valoir ces intérêts au détriment de ceux du Maréchal Valé, Gouverneur de l’époque, et dans le même temps sauver les apparences en se contentant de verser un léger tribut à son donneur d’ordre. Le Général Négrier représentant des forces d’occupation à Constantine, se rend vite compte de «l’usurpation» et tente de rassembler des témoignages dont la véracité relevait plutôt de l’influence dufortstemarguerite pouvoir en place. Sur une déposition dressée par un Cadi au nom de la corporation des commerçants de la ville, il est écrit que Hammouda n’est en rien méritant du titre décernée par le Gouverneur, à savoir Cheikh el Bled, tant sa participation à la victoire française fit défaut·: «·…les français ont pris Constantine par le courage de leurs soldats et la puissance de leurs armes·». Très vite, Hammouda est accusé de trahison envers la France puis mis aux arrêts. On lui reproche d’avoir détourné des fonds publics et de s’être livré au trafic d’armes en faveur de l’ennemi (en l’occurrence les Ouled Djebara). Ses biens sont confisqués et il est interné au fort de Saint Marguerite (rade de Cannes) dans l’attente de son jugement. Par une ruse des moins habiles, il parvient curieusement à s’échapper et rejoint Paris en 1842 où il séjourne de longs mois dans l’attente d’une accalmie à Constantine.Fort Royal de Sainte Marguerite

Des gens connus pour être de fervents partisans des «bienfaits» de la colonisation, le calomnient en le traitant de personne malhonnête dénuée du sens de l’honneur. D'illustres personnes l'ayant rencontré parlent au contraire d’un gentleman doté d’un sens aigü des règles de bienséance et d’une grande intégrité.

Nous ne retrouvons des traces de Hammouda qu'en 1843 à travers une annotation rédigée de sa main en frontispice du manuscrit Al-Qamus de Fairuzabadi. Il est fort probable que son retour à Constantine corresponde au départ définitif du Général Négrier d'Algérie en janvier 1843. Hammouda apparait ensuite à Constantine sur une photographie prise en 1856 au palais du Bey.

En 1870, Hammouda est désigné par l’administration française comme unique représentant de la famille El Fegoun pour ratifier un accord entre l’Etat français et les Lefgoun portant sur le partage des biens fonciers détenus par l’ensemble des membres de sa famille. Il est intéressant d’observer que la France considérait dans ce partage que les biens habous et azels étaient la propriété du Beylik et qu’en conséquence lui revenaient d’office quand bien même les Lefgoun en avaient la jouissance depuis des siècles et si tant est que l’on admette qu’un bien habous soit de fait la propriété du Beylik. On notera également que le Gouverneur de l’époque ou du moins ceux agissant en son nom, avait pris soin de ne désigner qu’un seul interlocuteur afin de s’affranchir de tout risque de contestation de la part des autres membres de la famille. C’est d’ailleurs en partie à cause de ce montage que, plus tard, certains héritiers tenteront de se retourner contre Hammouda et ses frères, leurs descendants ou des tiers pour remettre en cause cet accord (jugements de 1875,1894 et 1904). Ces jugements ont fait office de jurisprudence et sont tracés dans des procès-verbaux enregistrés au greffe du tribunal d’Alger.

Hammouda décède le 24 juin 1886 dans sa demeure du 5 rue Benchikh El Fegoun à Constantine.

Sources :

Biographie de Hammouda datant de

Conseil du Gouvernement, registre n°63,

Revue algérienne 1876 Tome 18,

Revue algérienne 1895, Tome 11,

Revue algérienne 1905, Tome 21,

Dessin original de Louis Anselme

Fiche de la base Ulysse

Photographie de Hammouda au Palais

Acte de décès de Hammouda